Pieter Brueghel l'Ancien, le peintre du peuple

Publié le 18 Juin

Dans l’histoire de l’art, on ne compte plus les peintres officiels des Empereurs, des Papes et des Rois. Mais le peuple ? Qui peint le peuple ? Pieter Brueghel mériterait d’être ce peintre du monde rural. L'héritier artistique de Jérôme Bosch a peint toute sa vie, la vie du peuple. Les bons comme les mauvais côtés.

Le style de Brugel est novateur, il simplifie les formes pour les rendre plus lisibles et ces personnages ronds sont très éloignés de la glorification des corps bien proportionnés. Cependant, Pieter Brueghel l’Ancien reste dans les thématiques picturales de la Renaissance : les représentations des scènes christiques. Mais le peintre flamand va le faire à sa manière. 

Des histoires sacrées se sont glissées dans ses peintures de vie paysannes. Brueghel veut nous faire croire que ces scènes se passent à son époque. Dans "Le Dénombrement de Bethléem", parmi les scènes de vie, on aperçoit Marie et Joseph incognito au premier plan.

Le Dénombrement de Bethléem, Pieter Brueghel l’Ancien (1566)
© Musée Oldmasters, Bruxelles

Ou alors, dans “L’adoration des mages”, Marie reçoit les offrandes dans une mise en scène un peu gauche et grotesque. C’est un spectacle de village. Ici pas de cortèges majestueux, que des soldats soulards et des rois mages à l’allure de vieillards gâteux. 

L'Adoration des mages, Pieter Brueghel l'Ancient, (1556)
© Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique

Pourtant, Brueghel ne se cantonne pas aux scènes paysannes. Il est d'ailleurs considéré à juste titre comme l'héritier de Jérôme Bosch et son Jardin des Délices. Dans ce tableau intitulé La chute des anges rebelles, les références à Bosch sont flagrantes. Des monstres avec des visages angéliques ou des têtes de crabes, côtoient des éléments du Nouveau Monde récemment découverts, comme des hommes à plumes ou des cadrans solaires. Camouflé sous l’histoire biblique de l’origine du Mal, Brueghel ose une comparaison avec la découverte de l’Amérique.

La Chute des anges rebelles, Pieter Brueghel l’Ancien (1562)
© Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique

Ici, on est devant le génie de Brueghel, ce n'est pas seulement une oeuvre esthétique mais aussi une oeuvre de réflexion. Pour Bruegel tout est matière à réflexion. Dans Le Triomphe de la mort, le message est sans ambiguïté. C'est la mort la grande gagnante. Pourtant, au mépris de tout danger, un petit groupe de personnages en bas s'adonne à des jeux en toute insouciance. Alors, Brueghel est-il seulement le peintre du peuple, ou également celui de la réflexion sur la condition humaine ? 

Le triomphe de la mort, Pieter Brueghel l’Ancien (environ 1562)
© Musée du Prado, Madrid