World Monuments Fund : Comment préserver les sites historiques face au changement climatique ?

Elise Bontemps
Publié le 5 Août 2026
World Monuments Fund : Comment préserver les sites historiques face au changement climatique ?

Des douves de la Tour de Londres aux jardins botaniques royaux de Kew, les monuments et jardins historiques sont menacés par le changement climatique. Véritable enjeu de notre société, le World Monuments Fund Britain s'est lancé un défi : adapter les sites pour protéger le patrimoine.

Quel est le point commun entre les douves de la Tour de Londres, Central Park aux États-Unis ou encore le Potager du Roi à Versailles ? Ces sites et jardins historiques sont tous menacés par le dérèglement climatique. « C'est un de nos grands défis, non seulement pour le monde dans son ensemble, mais aussi pour le patrimoine », explique Magnus von Wistinghausen, directeur général du World Monuments Fund Britain.

Fondé il y a 61 ans, le World Monuments Fund est une ONG internationale chargée de la protection du patrimoine dans le monde. En 2024, l’organisation s’est lancé un défi : répondre aux menaces du changement climatique sur les sites historiques grâce à son programme « Climate Heritage Initiative ». Avec des bureaux aux quatre coins du monde, le WMF Britain, ouvert il y a 30 ans, œuvre dans cette initiative afin de protéger ses monuments les plus emblématiques. Parmi eux : les douves de la Tour de Londres ainsi que les jardins botaniques royaux de Kew. L’objectif est de comprendre les risques pour planifier le futur.

Des douves transformées

C’est sous un inhabituel et chaud soleil londonien que les touristes affluent pour visiter l’un des sites historiques les plus emblématiques de la capitale anglaise : la Tour de Londres. Construite au au XIᵉ siècle le long de la Tamise par Guillaume le Conquérant, la bâtisse est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Toutefois, malgré la protection du site, les douves qui entourent la forteresse sont menacées par la crise climatique. 

Pour préserver un patrimoine en danger, le World Monuments Fund a sélectionné six sites pour son programme « Cultivating Resilience », attaché à l’initiative « Climate Heritage ». Dans la liste figurent les douves de la Tour de Londres. « Les sites que nous avons sélectionnés étaient vraiment basés sur des besoins spécifiques, mais nous souhaitions également avoir une réelle diversité dans la géographie, les défis rencontrés, les types de sites… », indique Meredith Wiggins, directrice principale de l'adaptation au climat au World Monuments Fund.

Asséchées au XIXᵉ siècle sous l'impulsion du duc de Wellington en raison de problématiques de drainage et sanitaires, les douves, qui s'étendent sur 15 000 m², sont devenues des jardins. Aujourd’hui, le WMF Britain, associé à Historic Royal Palaces, mène des activités de surveillance de l’eau et des conditions météorologiques afin de répondre aux menaces climatiques pesant sur le site. Experts et scientifiques travaillent également sur la préservation des espèces et de la biodiversité afin d'établir un écosystème durable.  « Nous collaborerons avec plusieurs experts aux côtés du World Monuments Fund, à la fois au sein de notre organisation mais aussi avec des experts en architecture du paysage, en science des sols…», développe Jen Stein, responsable du développement durable pour les palais royaux historiques.

Douves de la Tour de Londres - © Elise Bontemps

Repenser les serres

Si les douves de la Tour de Londres subissent les effets du dérèglement climatique, les jardins royaux de Kew ne font pas exception. Intégrés au programme « Des serres plus vertes », porté par l’initiative Climate Heritage, les deux bâtiments emblématiques du site – la serre aux palmiers (Palm House) et la serre aux nénuphars (Waterlily House)– en sont un parfait exemple.

C'est sous une chaleur écrasante que les jardiniers profitent du calme matinal pour entretenir les plantations de la Palm House ainsi que de la Waterlily House. Datant du XIXᵉ siècle, les bâtiments sont dotés d'un système de chauffage obsolète à forte empreinte carbone. « Les serres aux palmiers sont probablement les bâtiments les moins économes en énergie jamais imaginés. D’une part parce qu'à l'époque où ils ont été conçus, l'énergie était bon marché, d’autre part nous étions dans un monde très différent », explique Magnus von Wistinghausen.

En partenariat avec Kew Gardens, le WMF Britain développe des solutions pour réduire drastiquement les émissions de CO₂. Plusieurs plantations ont déjà été déplacées, tandis qu’architectes et scientifiques travaillent à repenser l’aménagement intérieur des serres afin d’améliorer leur efficacité énergétique, tout en préservant leur valeur historique.

Avec près de 300 000 spécimens et plantes, les jardins royaux constituent une réserve importante pour la biodiversité. « Ce n’est pas seulement le bâtiment qu’il faut préserver, mais également ce qu’il contient », défend Meredith Wiggins. 

Extérieur de la "Palm House", jardin botanique royaux de Kew, Londres © Elise Bontemps

Et après ?

Si le World Monuments Fund a choisi de concentrer ses efforts sur certains sites, de nombreux autres attendent encore leur tour. Grâce aux expérimentations menées sur le terrain et aux spécialistes mobilisés sur ces enjeux, l’objectif est de reproduire les solutions les plus efficaces sur d’autres sites menacés. « Ces lieux ne sont pas seulement victimes du changement climatique, ce sont aussi des endroits où les solutions d’adaptation peuvent réellement inspirer tout le monde », conclut Meredith Wiggins.

Pour plus d’informations retrouvez notre reportage dédié sur notre plateforme numérique Museum TV.