« Cézanne conservait un des chefs-d’œuvre de Delacroix au-dessus de son lit. »

Elise Bontemps
Publié le 2 Novembre 2026
« Cézanne conservait un des chefs-d’œuvre de Delacroix au-dessus de son lit. »

Nombreuses sont les expositions consacrées aux dessins d’artistes du XIXᵉ siècle, mais connaissons-nous ceux qui les collectionnaient ? Présentée à la Fondation Custodia jusqu’au 17 janvier, l’exposition Mes chers amis plonge le visiteur dans l’univers d’artistes collectionneurs captivés par le travail de leurs semblables.

Collectionner les dessins de ses confrères, telle est la pratique phare du XIXᵉ siècle. Présentée à la Fondation Custodia, l'exposition Mes chers amis. Le dessin dans les collections d’artistes français au XIXᵉ siècle met à l’honneur les relations humaines qu’une collection peut refléter. Par admiration, goût, soutien financier ou bien témoignage d’une amitié, les artistes ont pris le rôle de collectionneur très au sérieux. Un procédé, selon Diederik Bakhuÿs, co-commissaire de l’exposition, particulièrement répandu à cette époque, dû « à une pratique quotidienne du dessin, placée au cœur de la création artistique ».

Au sein de la maison de l'art sur papier, les espaces d'exposition temporaires se sont transformés en galerie. Un procédé d’exposition que les artistes collectionneurs n’ont pas expérimenté, préférant garder ces œuvres dans leur environnement intime. « C’est le cas, très emblématique, de Cézanne, qui conservait un des chefs-d'œuvre de Delacroix au-dessus de son lit », sourit Diederik Bakhuÿs. Réunies dans les foyers de ces créateurs ou glissées dans leurs portefeuilles, certaines œuvres étaient également conservées dans des albums amicorum et partagées à l'occasion de dîners, ajoute Diederik Bakhuÿs.

Eugène Delacroix (1798-1863), Bouquet de fleurs, vers 1849-1850
Crayon noir, aquarelle, gouache, pastel, sur deux feuilles assemblées de papier gris-bleu, 65 x 65,4 cm
Musée du Louvre, département des Arts graphiques, Paris, inv. RF 31 719
© GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Michel Urtado
 Collection Paul Cézanne (1839-1906)

La fascination

Véritables objets de fascination pour leurs contemporains, les œuvres de Jean-Auguste-Dominique Ingres et d'Eugène Delacroix furent particulièrement collectionnées par leurs confrères. Figures majeures du néoclassicisme et du romantisme, ils incarnent l’opposition artistique qui caractérise la France de leur époque. Par goût autant que par influence, leurs œuvres furent convoitées comme de précieux objets, un phénomène qui s’accentua après le décès des deux artistes.

Toutefois, cette admiration pour ses pairs possède un revers de médaille. Si certains artistes ont vu leur art être diffusé grâce à ces collections, d’autres se sont peu à peu effacés derrière le statut de collectionneur.  « Je ne veux pas être dépréciatif, mais une figure comme Léon Bonnat, qui était un artiste très honorable et un beau portraitiste (…) est peut-être plus connu des historiens d’art pour sa collection que pour son œuvre », explique Diederik Bakhuÿs. Non loin d’être le seul, il est difficile pour les artistes du siècle des lumières de ne pas s'inspirer des dessins de leurs confrères pour façonner leur propre art, au risque parfois de s’y perdre.

Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867)
La Communion à Rome, 1806
Graphite, lavis brun, 22,2 x 15,6 cm
Collection Prat, Paris
Collection Anne-Louis Girodet-Trioson
(1767-1824)

Eugène Delacroix (1798-1863)
Portrait de Frédéric Chopin, vers 1838
Graphite, craie blanche, 29,2 x 22,1 cm
Musée du Louvre, département des Arts graphiques, Paris, inv. RF 31280 © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Thierry Le Mage Collection Léon Riesener (1808-1878

Présentant près de 120 dessins agrémentés de lettres et de tableaux, l'exposition Mes chers amis. Le dessin dans les collections d'artistes français au XIXᵉ siècle est à visiter à la Fondation Custodia jusqu’au 17 janvier 2027.

Pour la découvrir en images, rendez-vous sur notre chaîne télévisée Museum TV.