« Pour Willem de Kooning, le dessin était vraiment essentiel »

Elise Bontemps
Publié le 14 Octobre 2026
« Pour Willem de Kooning, le dessin était vraiment essentiel »

100 ans après sa migration vers les États-Unis, Willem de Kooning retrouve sa terre natale à travers l'exposition « Willem de Kooning au travail », présentée au Rijksmuseum à Amsterdam, aux Pays-Bas.

« Pour Willem de Kooning, le dessin était vraiment essentiel dans son œuvre, c’était la base de tout son travail », explique Ludo Van Halem, conservateur d’art du XXᵉ siècle au Rijksmuseum, à Amsterdam. La lumière du jour flirtant avec les éclairages diffus, les espaces d’exposition temporaire du musée se parent de plus de 120 œuvres de l’artiste Willem de Kooning. Un véritable “retour à la maison” pour l'artiste qui s’était exilé clandestinement vers les États-Unis à seulement l’âge de 22 ans en tant que peintre de bâtiment.

Le dessin, un art à part entière

Considérant le dessin non pas comme un travail préparatoire mais comme un art à part entière, de Kooning en a exploré toutes les formes. Dans le style comme dans les méthodes. Craie, peinture, fusain, noir et blanc ou bien couleurs, tout devient une possibilité, explique Ludo van Halem. Déambulant dans la grande salle d'exposition, celui-ci s'arrête devant l'œuvre Pink Angels. « C’est le parfait exemple d’une œuvre hybride. Il a commencé par un dessin au fusain. Puis il a peint ces couches de jaune et de rose et enfin, il a recommencé à dessiner avec du fusain dans la peinture humide », décrypte-t-il.

Pionnier de l'expressionnisme abstrait et de l’action painting, de Kooning commence le dessin et la peinture très tôt. Diplômée de l'École des arts et techniques de Rotterdam, le jeune artiste se passionne pour plusieurs thématiques, dont la figure humaine et le paysage. Avec une gestuelle très accidentée, des couleurs vives ou profondes, le peintre mélange ces thèmes jusqu'à ne plus les reconnaître dans l'œuvre. Une véritable fusion qui vaut le nom de nombre de ces œuvres : figure dans le paysage où figure et paysage.

Willem de Kooning, Queen of Hearts, 1943-1946
Huile, fusain et crayon graphite sur panneau de fibres, 117,2 × 70,2 cm. Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Smithsonian Institution, Washington, DC. Don de la Fondation Joseph H. Hirschhorn, 1972 Crédit photo : Lee Stalsworth / Hirshhorn Museum and Sculpture Garden © 2026 The Willem de Kooning Foundation/ Pictoright, Amsterdam

Willem de Kooning, Femme (Femme assise I), 1952
Pastel, fusain, crayon à dessin au carbone, crayon graphite et fixateur, avec des traces de peinture à l'huile, sur papier vélin 36,8 × 29,2 cm Collection privée, avec l'aimable autorisation de Hauser & Wirth Collection Services, Zurich © 2026 The Willem de Kooning Foundation/ Pictoright, Amsterdam

Un maître Néerlandais 

Si l'artiste a refusé l’appartenance à des mouvements de l’art, son travail possède toutefois un style reconnaissable. Son œuvre singulière n'a alors pas seulement investi les espaces d'expositions temporaires. Deux de ces tableaux se trouvent dans la galerie des honneurs aux côtés des grands maîtres néerlandais. « Pour nous, c’est merveilleux de voir de Kooning ici au Rijksmuseum dans le contexte de Rembrandt », s’enthousiasme Taco Dibbits, directeur général du musée. « Tout comme Rembrandt, de Kooning était obsédé par les lignes et la lumière et c’étaient tous deux de grands dessinateurs », explique-t-il.

Dans cette grande allée au plafond voûté qu’est la galerie des Honneurs, les tableaux Woman and I, du musée d’Art moderne de New York, ainsi que Woman and Bicycle du Whitney Museum of American Art, attirent l’œil des visiteurs par leurs grandes dimensions et leurs couleurs.  « Nous avons choisi ces deux tableaux, car ils sont iconiques dans le travail de Willem de Kooning (…) et puis dans le parterre du musée il y a des bicyclettes et un des tableaux montre une femme avec une bicyclette, pour nous, c’est très néerlandais », rit Tacco Dibbits.

L’artiste étant très exigeant et souvent autocritique envers son travail, nombreuses sont ses œuvres qui ont été détruites puis recommencées jusqu'à obtenir le résultat désiré. Un dévouement pour le dessin qui est à découvrir au Rijksmuseum jusqu'au 17 janvier.

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