ZOOM SUR : Guernica, Pablo Picasso (1937)

En 1937, la République espagnole demande à Pablo Picasso une œuvre pour représenter l’Espagne lors de l’Exposition Universelle de Paris. Seulement, le peintre espagnol n’aime pas les commandes et travailler sous la contrainte. Il accepte mais ne trouve pas de sujet. Il tâtonne, jusqu’au 26 avril 1937. Un événement tragique dévaste la ville basque de Guernica. Picasso s’en servira comme sujet de son tableau. Naîtra alors l’un des plus grands succès du peintre. L’heure pour nous de ressortir la parka de détective et de mener l’enquête sur l’histoire de son tableau Guernica

Pablo Picasso, Guernica, 1937, Musée National Centre d’art Reina Sofia, Madrid

1. Le bombardement de Guernica

Photographie de la ville de Guernica après le bombardement du 26 avril 1937
Photographie de la ville de Guernica après le bombardement du 26 avril 1937

Le 26 avril 1937, la légion Condor allemande bombarde pendant près de deux heures la petite ville basque. Avec ce bombardement, l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste affirment leur soutien à Franco contre les républicains. La ville est en ruine, les corps s’amoncellent dans les rues, laissant un paysage d’horreur. Guernica devient l’image des atrocités de la Guerre Civile espagnole. Picasso prend connaissance de cet événement par les journaux. Il verra les photographies des bombardements et choisira de peindre en noir et blanc, de telle sorte à rappeler les photographies de l’horreur.

2. Les figures humaines

L’œuvre de Picasso mesure 7 mètres 76 sur 3 mètres 49. Sur toute la surface de la toile, il a représenté un certain nombre d’éléments : des humains, des animaux et des symboles. Évidement, rien n’a été fait au hasard par l’artiste.

Pablo Picasso, Guernica, 1937, Musée National Centre d’art Reina Sofia, Madrid (détail)

Concernant les humains, il représente sur la gauche une femme tenant son enfant mort dans les bras. Elle regarde le ciel dans un cri de douleur. Picasso fait référence à certaine représentations de la Madone tenant son fils mort dans les bras. On peut aussi voir un rapprochement avec le Massacre des Innocents de Nicolas Poussin.

Nicolas Poussin, Le Massacre des Innocents, 1629, Musée Condé

Une autre femme sur la droite semble implorer le spectateur, les bras levés vers le ciel. Elle semble être prise au piège dans un bâtiment en feu.

Pablo Picasso, Guernica, 1937, Musée National Centre d’art Reina Sofia, Madrid (détail)

Un homme jonche le sol, bouche ouverte et glaive brisé dans la main. Il est mort mais tient fermement son glaive, symbole de résistance contre cette horreur. Certains spécialistes ont aussi vu dans l’image de cet homme les restes d’une statue. Picasso aurait pu vouloir montrer que ces bombardements, au delà des pertes humaines, ont provoqué la destruction des biens culturels de l’Espagne.

Pablo Picasso, Guernica, 1937, Musée National Centre d’art Reina Sofia, Madrid (détail)
Pablo Picasso, Guernica, 1937, Musée National Centre d’art Reina Sofia, Madrid (détail)

Une femme semble arriver sur la scène, d’un pas lourd. Elle découvre avec stupeur la scène et regarde vers le ciel, comme pour demander pourquoi.

Pablo Picasso, Guernica, 1937, Musée National Centre d’art Reina Sofia, Madrid (détail)

Enfin le dernier personnage est une femme tenant une lampe à la main. Elle pose beaucoup d’interrogations. Est-elle là pour apporter un peu de lumière au dessus de l’horreur ? Est-elle l’image du monde qui découvre avec stupéfaction et indignation les atroces événements de Guernica ? Rien n’est sûr mais son visage reflète assez bien l’incompréhension et la stupeur vis à vis de ce bombardement et de ses conséquences.

Pablo Picasso, Guernica, 1937, Musée National Centre d’art Reina Sofia, Madrid (détail)

3. Les animaux et les symboles

Au milieu des humains, Picasso a représenté deux animaux : un cheval et un taureau. Le cheval semble hennir de douleur. Subtilement, Picasso a introduit une tête de mort dans l’image du cheval, en utilisant ses dents et ses naseaux. Il accentue davantage l’idée de la mort dans cette œuvre.

Pablo Picasso, Guernica, 1937, Musée National Centre d’art Reina Sofia, Madrid (détail)

Le taureau, lui, appelle le spectateur. Il le regarde comme pour demander de l’aide. Il peut être le symbole de l’Espagne. Picasso était un grand amateur de corrida, emblématique de l’Espagne et il représentait très régulièrement des taureaux dans ses œuvres.

Pablo Picasso, Guernica, 1937, Musée National Centre d’art Reina Sofia, Madrid (détail)

Au dessus du cheval, on peut voir une ampoule, entourée d’une sorte de demi soleil, ou d’un drôle d’œil. Elle met en quelques sortes la lumière sur ces événements. Avec le traitement en noir et blanc, on imagine une lumière froide, triste, comme une lumière de cellule. Les personnages sont enfermés dans cet espace froid, comme pris au piège avec cette seule source de lumière.

Un autre élément se trouve sur le tableau de Picasso mais il faut s’approcher pour le remarquer. Entre le taureau et le cheval, une colombe se cache. Elle est très discrète puisque l’artiste l’a réalisée au trait. Ce symbole de paix s’efface pour laisser place aux atrocités de la guerre.

Pablo Picasso, Guernica, 1937, Musée National Centre d’art Reina Sofia, Madrid (détail)

Picasso a tout de même caché une petite fleur sur son tableau, en guise d’espoir, à côté du glaive.

Pablo Picasso, Guernica, 1937, Musée National Centre d’art Reina Sofia, Madrid (détail)

4. Un titre tardif

Photographie de Pablo Picasso et Paul Eluard, par Man Ray, 1937

Même si le sujet de son tableau était clair, Picasso n’a pas choisi de l’intituler Guernica dans l’immédiat. Il ne lui avait pas donné de titre. Peut être cherchait-il un titre original ou dénonciateur à son œuvre. Puis, un jour, son ami Paul Eluard et quelques autres amis rendent visite à l’artiste et découvrent l’œuvre. Instinctivement, l’un d’entre eux s’écrie « Guernica » d’une manière si spontanée que Picasso décida de donner ce nom à l’œuvre.

5. Un tableau entre New York et l’Espagne

Retour du tableau en Espagne, au Musée du Prado de Madrid

Après la victoire de Franco, en 1939, Guernica est transféré à New-York, au MoMA. Picasso était clair sur l’exposition de son chef d’œuvre. Il refusait que le tableau soit exposé en Espagne tant que le pays ne serait pas redevenu une démocratie. Picasso meurt en 1974 et Franco l’année suivante. En 1977, le sénat espagnol entreprend alors une demande de retour en Espagne du tableau considérant que « les libertés sont garanties ».  C’est en 1981 que l’œuvre rentre en Espagne, au Musée du Prado. Son retour au pays est un symbole politique fort pour les démocrates espagnols. Elle est aujourd’hui conservée au Musée Reina Sofia, à Madrid.

6. Picasso et le nazi

Photographie de Pablo Picasso, 1949, © Time Inc.

Comment parler de Guernica sans évoquer la célèbre punchline de notre Pablo préféré. Alors que l’Europe est sous l’Occupation allemande, l’ambassadeur Otto Abetz et certains de ses amis nazis visitent l’atelier de Picasso. Devant Guernica, Otto Abetz demande à l’artiste « C’est vous qui avez fait cela ? ». Ce à quoi Picasso répondra « Non, c’est vous ! ». Voilà, voilà, on imagine l’ambiance après cela…  Mais on applaudit l’artiste !

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